Texas… Fight !

Mais qu’est-ce que ce sport absurde qui ressemble vaguement à du rugby en armure ? Pourquoi « Football » alors que ça se joue à la main ? Des matchs de 4h pour 60 minutes de jeu et tout le reste de pub et de happenings en tout genre, mais POURQUOI ?
Voilà globalement l’esprit des questions que se pose n’importe quel Européen sur ce spectacle étrange qu’est le foot US. Pourtant de l’autre côté de l’Atlantique, le football est une religion. Retour sur un phénomène de société, live from Austin, Texas.

Mardi 5 septembre. Deuxième cours de Stratégie de l’année. Le prof a la mine des mauvais jours. En bon exchange student, on s’attend à ce qu’il démarre son cours par le programme de la séance, l’appel, ou une première théorie bullshitée. Mais non, d’abord, il faut revenir sur le drame du weekend. Extérioriser son mal-être. Trois jours plus tôt, en ouverture de la saison, les Longhorns, équipe emblématique de l’Université du Texas (UT), se sont inclinés contre l’Université du Maryland, à la maison (41-51, pour info). Sans rentrer dans les détails, c’est un peu comme si Metz ou Nancy venait mettre une marée au PSG au Parc. C’est inconcevable.

Si l’anecdote a de quoi faire sourire, elle révèle une réalité plus profonde. Aux Etats-Unis, chaque campus, et même chaque ville universitaire, vit au rythme de son équipe de football. Ici, le sport universitaire est même plus suivi que les différentes ligues professionnelles qui, en cédant aux sirènes du sport business, ont perdu de leur charme.  Pour dire, les rencontres de NCAA (le championnat universitaire) sont diffusées un peu partout, et remplissent plus les stades que leurs homologues pro.
Un seul chiffre permet de saisir l’ampleur du phénomène : 100 119. La capacité du Darrell K Royal-Texas Memorial Stadium, terrain de jeu des Longhorns. Plus que le Stade de France, que le Camp Nou, que San Siro. Le Vélodrome et le Parc réunis. Pour une équipe de Football UNIVERSITAIRE.

Y’a un petit peu de monde

Et pas de problème d’affluence. Les jours de rencontre à domicile, c’est une armée orange (non, non, c’est pas si moche) qui pousse derrière ses héros. Sans oublier la Mascotte « Bevo », la grosse cinquantaine de musiciens de la fanfare, et les cheerleaders.  Car oui, on ne dit pas pom-pom girls ici. Un anglicisme qui n’existe pas en anglais, et moche qui plus est… enfin, on ne va pas rentrer dans le débat.

 

Le passage qui suit est à destination des plus courageux. Pour les autres, on se retrouve sous la prochaine photo…

Mais le vrai spectacle est sur le terrain. Alors, oui, sur le papier, quatre heures, c’est long. D’autant que le format des rencontres et les règles ne sont pas spécialement attractifs pour les néophytes. Quatre tentatives pour faire dix yards (yards, pas mètres, foutu système impérial), remise à zéro une fois les dix yards passés, avec pour objectif de marquer un touchdown. Cinquante joueurs dans un effectif, mais onze seulement sur le terrain. Des gros costauds qui ne touchent pas le ballon. Des séquences de passes, des séquences de courses. Des flags, des temps morts. On se demande bien ce qui a pu se passer dans la tête des étudiants de Yale et Harvard quand ils ont établi les règles de ce sport, mais on est quand même en droit de se demander si c’est vraiment ça, l’élite américaine.

Aussi étonnant que cela puisse paraître après cette description barbare, on ne s’ennuie pas. Il faut dire que sur le terrain, on retrouve les grandes stars de demain qui, après des années à faire leurs gammes en High School, sont ici pour décrocher leur place à la Draft et se faire une place au soleil en NFL. Des gamins du coin, à l’instar du quarterback Sam Ehlinger et qui s’était engagé à jouer pour UT dès son entrée en 6ème, chapeautés depuis cette année par le coach Tom Herman, débarqué de Houston, lui aussi Texan pur jus (c’est fini pour le name dropping promis).

 

 

Mais un match de College Football dépasse largement le cadre du sport. C’est avant tout une expérience de vie, un moment de communion partagé par tout un campus. Si le match dure quatre bonnes heures, il faut savoir qu’il a démarré bien avant pour tous les fans. Sur les parkings aux abords du stade, des milliers d’étudiants, de jeunes actifs et de familles sur retrouvent pour le tailgate, sorte d’immense barbecue où l’on se retrouve autour d’une turkey leg et d’une bière, ou plusieurs selon l’esprit. Il fait quand même encore 35°C au mois d’Octobre, il faut bien s’hydrater. Une fois repu, tout ce beau petit monde se dirige donc vers le stade, pour les plus chanceux, ou derrière les écrans géants disposés un peu partout, dans les bars, les résidences étudiantes, sur les parkings des écoles primaires (oui, oui). Pas de soucis de retransmission ou de coûts exorbitants pour voir son équipe favorite (#LaliguedesChampionsenclairpliz), puisqu’il est possible d’accéder à la rencontre en direct sur le Longhorns Network. Les mecs ont carrément créé pas un, mais trois canaux de télé pour suivre les équipes de leur fac.

Et la folie ne s’arrête pas là. Parce que pour être bien installé devant sa télé, il faut un bon fauteuil. Et quoi de mieux qu’un fauteuil orange estampillé UT pour profiter de son match. Une petite soif ? Pas de soucis, il n’y a qu’à sortir sa gourde Longhorn. Un besoin pressant ? Non, c’est bon, ça s’arrête là. Mais c’est quand même hallucinant ce nombre de produits dérivés, ou plus trivialement goodies, qu’on trouve. Et parce qu’on est tous des pigeons, pas un seul étudiant n’échappe à la panoplie complète du bon supporter, casquette et t-shirt étant un strict minimum.
Alors oui, les Longhorns ont perdu leur lustre d’antan, ne faisant plus partie des meilleures équipes du pays. Oui, la dernière immense star sortie de UT est Kevin Durant, et ça commence à dater. Oui, le prof de Strat va pouvoir chouiner encore quelques fois cette année. Mais finalement, peu importe. Tous les samedis du semestre d’automne, ils seront encore des milliers à entonner Texas Fight, le poing levé, à la gloire de l’Université du Texas.

 

 

Hook’em Horns !

 

 

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A propos Jean Delanoy

« When the seagulls follow the trawler, it is because they think sardines will be thrown into the sea. »

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