Seul face à son destin: immersion au cœur d’un marathon de légende

Pour une majorité de sportifs (avérés ou non), courir son 1er marathon, c’est l’aboutissement de longues années d’une pratique sportive régulière, c’est le Graal du coureur, c’est l’occasion d’être (enfin) considéré comme un (vrai) athlète par la société et non pas juste comme le coureur du dimanche, c’est la possibilité de gagner le respect de ses pairs et de devenir un héros des temps modernes … Mais pour être considéré comme un finisher digne de ce nom, notre futur marathonien doit se préparer à souffrir. Ces mythiques 42,195km ne se feront pas tout seul. Ils seront son chemin de croix mais c’est certainement là le prix à payer pour ressentir cette satisfaction personnelle et recevoir son moment de gloire. (La souffrance est temporaire, la gloire elle, est éternelle !).

 

Le 21 Mai, après une préparation plus que perturbée à cause de pépins physiques, d’une pollution omniprésente sur Pékin (#COP21) et de méchantes indigestions alimentaires (Il y avait certainement du chien dans ce hot dog…), je me lançais innocemment sur mon 1er marathon…et pas n’importe lequel ! Amateur de 10km (34’24 PB), je n’en reste pas moins novice sur cette distance et m’apprête à affronter le Great Wall Marathon : un marathon sur la muraille de Chine avec + 1000m de dénivelé positif et quelques 5164 marches. Une personne courant le marathon de Paris en 4h mettrait ici 6h pour le finir…

 

A l’arrivée, le grand sourire affiché cache souvent un combat de chaque instant contre son corps, tentant sans cesse de repousser ses limites physiques et mentales… Mais que se passe-t-il dans la tête du coureur pendant ses interminables heures d’effort ? Petite immersion au cœur de la course ! Vous comprendrez très vite que le marathon n’est ni un long fleuve tranquille, ni une épreuve monotone comme on pourrait le croire : le coureur d’endurance passe par tous les sentiments, alternant moments d’euphorie et longs moments de solitude.

 

Petit aperçu du dénivelé de la course:

parcours marathon

 

Le débrief

Malgré une préparation perturbée et mon inexpérience sur la distance marathon, je n’en arrive pas moins remonté comme un coucou sur la ligne de départ. Je scrute les personnes susceptibles d’animer la course : les gars des premières lignes ont l’air sacrément affûtés et ne sont pas là pour faire du tourisme. Peu importe, je suis prêt à vendre chèrement ma peau ! (En même temps, si je pars battu d’avance, je sais que c’est mort… Optimisme maximal !).

 

[1-5km : Le départ !] Je sais pertinemment que je ne dois pas démarrer à fond, j’ai au moins 4h de course qui m’attendent derrière… Evidemment, je fais tout le contraire en partant tambour battant et en ne voulant pas céder un mètre d’avance au 1er de la course. Je sais bien qu’un jour mon enthousiasme me perdra mais c’est plus fort que moi… J’espère juste que mon mental ne me lâchera pas dans les moments plus délicats. Après une sympathique montée de 5km pour se mettre en jambes, j’arrive sur la muraille (1er round sur 2) dans un groupe de 3 en chasse patates derrière le 1er qui nous a finalement mis une petite fessée dans la montée.

 

[6-9km : L’euphorie !] Flairant un coup de moins bien de mes camarades de poursuite, je décide alors de placer une accélération qui les laisse sur place (vachement intelligent quand il reste 37km). J’avale les marches, rattrape et double au passage le premier et prends quelques centaines de mètres d’avance. Au sortir de la muraille (déjà 2500 marches dans les pattes), je me retrouve donc seul 1er de la course et rattrape même le 2ème du semi qui partait en même temps que nous…Mais la course ne faisait que commencer.

 

[10-14 km : On ne lâche rien !] Le 2ème me rattrape. J’essaie de la jouer fine : je me mets dans sa foulée et lui laisse « tranquillement » le soin d’imprimer le rythme (+/- 14km/h). Je crois innocemment à ce moment-là de la course que la victoire est jouable, euphorie de courte durée…

[15-23km : On gère !] Accusant le coup, je lâche prise à la 1ère accélération de notre ami chinois (il me mettra finalement +30min). Au vu de mon entraînement, je ne peux espérer tenir sa cadence. Je me retrouve donc seul 2ème, continue ma course en solo et tente de gérer comme je peux un faux plat continu de 8km…

 

[23-30km : Je fais moins le malin !] Le futur 2ème me rattrape et me laisse sur place. Les montées et les descentes s’enchaînent : je suis déjà complètement cuit. Si j’arrive à bien relancer sur plat ou en descente, je dois parfois marcher quelques mètres pour permettre à mes jambes de se reposer : elles commencent à se tétaniser. Normal : je n’ai jamais couru plus de 25km, je me suis enflammé en début de course et je ne suis pas vraiment fan des grimpettes. Je m’accroche néanmoins au doux espoir de finir sur le podium…

 

[30-34km : Je craque !] Le retour (plat légèrement montant) vers la muraille est un calvaire. J’ai l’impression de ne plus avancer, mes jambes me lâchent peu à peu, je m’arrose à tout va pour contrer la chaleur accablante. J’ai du mal à tenir un 12km/h si bien que 2 personnes me dépassent. Si les enfants chinois des villages traversés venaient me taper dans la main quelques kilomètres auparavant, je me retrouve maintenant seul face à la douleur. Je suis alors 5ème, mes rêves de podium s’évanouissent et la course n’est pas finie…

 

marches

 

[34-37km : Fringale –> Le désespoir !] J’attaque « l’Infamous Goat Track » : une montée sèche et interminable de près de 2km (quelques 2000 marches irrégulières et pente avoisinant parfois les 45%) se dresse alors devant moi… Je n’avais rien pris sur moi et ai raté le dernier ravito par manque de lucidité. Mes forces m’abandonnent complètement, des débuts de crampes et de vertige apparaissent : je ne suis pas loin de l’évanouissement… 1ère fringale de ma vie, le réservoir est à sec, je suis à l’arrêt ! Je dois marquer une pause toutes les 20 secondes pour ne pas vomir. Je continue de grimper (à vrai dire je rampe plus que je ne marche) et demande à tous les spectateurs que je rencontre quelque chose de sucré… Sans succès ! Je mets + de 27 min pour faire le 35ème km (220m D+). Je me fais avaler par 9 concurrents en l’espace d’1 km, je suis alors 14ème mais l’essentiel n’est pas là. Je lutte pour mettre un pied devant l’autre sans vaciller. Une personne du staff médical me voyant à l’agonie me demande de m’asseoir et de m’arrêter, il pense surement que je vais abandonner…Ce serait mal me connaître ! Fin de la montée sèche ; les nausées et vertiges commencent à disparaître et je pense à tous les gens qui croient en moi… Non, je n’abandonnerai pas !

 

[37-42 : Le réveil !] Je m’accroche dans la dernière partie du mur (cf. photo) et entame une descente de 5km vers l’arrivée. Je retrouve un second souffle et sans réfléchir, je me jette à corps perdu dans une remontée improbable. Une seule volonté : bien finir, ne rien regretter et faire honneur aux gens qui me soutiennent. Une personne à l’horizon ?! Je fonds sur lui et le double sans même me retourner. Et de un ! La descente aux enfers est terminée. Mes jambes flageolant, j’espère avoir la lucidité suffisante pour faire les bons choix et ne pas tomber. Je ne fais plus aucun calcul, dévale la pente entre 15 et 18km/h et aperçois peu à peu les athlètes disséminés. Je rattrape un autre athlète au 38ème, puis un autre au 40ème et encore un au 41ème… Personne n’est en mesure de me suivre (‪#‎boulard). Je réintègre le top 10 !

 

Reste un faux plat montant vers l’arrivée. Ma fin de course était réussie quand j’aperçois 2 marathoniens au loin. Rongé par la déception d’avoir explosé quelques km plus tôt, je me lance alors dans un sprint désespéré (tout est relatif, on est au 42ème km) et les avale sans même qu’ils ne lèvent la tête. Ça y est, l’arrivée et la fin des souffrances sont à portée de vue. VICTOOOOOIIIRE !!! J’ai fini mon 1er marathon sur un des circuits les plus durs du monde et ai vaincu la muraille ! Au final : 8ème/900 participants, 2ème de ma catégorie (20-29ans) et 1er français en 4h03m51s… Juste MAGIQUE, mais que ce fut dur ! Je mettrai d’ailleurs de longues minutes à retrouver mes forces mais quelle course !!!

 

Finir son 1er marathon apporte assurément une gloire et une satisfaction personnelle… Mais pour cela, il faut accepter de faire face à la solitude, savoir repousser ses limites, refuser de céder à la douleur et aux appels de détresse incessants de son corps et surtout, ne JAMAIS rien lâcher ! #Pushingyourlimits #Nevergiveup #Anythingispossible

 

Nicolas Vergne

 

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