PSG vs Bayern Munich, qui sont les « voyous » ?

Par un heureux hasard, le tirage au sort des groupes de la Ligue des Champions a mis le PSG sur la route du Bayern Munich. La double confrontation à venir dépasse largement le cadre sportif. En effet, durant tout l’été, les dirigeants du club bavarois ont été particulièrement critiques à l’égard du PSG et de son activité durant le mercato. L’officialisation prochaine de l’arrivée de Kylian Mbappé ne devrait pas calmer le jeu. Dans un article sur Eurosport (Ligue des champions : Bayern – PSG, c’est la guerre des mondes), Maxime Dupuis a parfaitement exposé l’affrontement qui a lieu actuellement entre le « noble » Bayern et le « nouveau riche » parisien. Si ce débat n’est pas inintéressant, il convient de repréciser certains éléments…

 

La peur de perdre son trône

 

Il faut reconnaître une chose aux dirigeants du Bayern Munich : ils défendent l’intérêt de leur club et ont conscience que le paysage footballistique européen change. Malgré un football de plus en plus inégalitaire, qui devrait logiquement les servir, les grands clubs historiques sont confrontés à la concurrence de plus en plus forte de nouveaux riches comme le PSG ou Manchester City. Comme le fait remarquer Maxime Dupuis dans son article, les multiples sorties d’Uli Hoeness traduisent avant tout sa crainte de voir le PSG devenir un concurrent trop sérieux du Bayern. Même si le PSG stagne toujours en Ligue des Champions, il s’est armé pour franchir un cap cette saison. Dans le même temps, la position du Bayern Munich semble s’affaiblir : vainqueur en 2013 ; demi-finaliste en 2014, 2015 et 2016 ; le club bavarois n’était que quart de finaliste la saison dernière.

 

Soyons honnêtes : toutes les critiques munichoises ne sont pas complètement infondées. Toutefois, leur aspect systématique les rend inaudibles. D’autant que dans ce flot interrompu de critiques, les dirigeants du Bayern commettent certaines erreurs. Preuve en est une des déclarations de Karl-Heinz Rummenigge :

 

Pendant le transfert de Neymar, je me suis demandé « qu’est-ce qui est le plus important ? Ce joueur ou l’Allianz Arena ? » Je pense que c’est notre stade.

 

Il est indéniable que le PSG, depuis qu’il a été racheté par Qatar Sport Investment (QSI), a toujours essayé de recruter les meilleurs footballeurs possibles. Mais cela n’a jamais été fait au détriment de la structuration du club. Au contraire, les dirigeants parisiens ont fait de nombreux efforts pour améliorer le fonctionnement du club. Sur la question du stade, des discussions avaient été entreprises en 2015 avec la Mairie de Paris sans qu’elles n’aboutissent. Par ailleurs, le PSG a recruté Jean-Claude Blanc dès 2011, lui qui avait réalisé un travail formidable à la Juventus avec notamment la construction du nouveau stade. Aussi, le dilemme posé par Karl-Heinz Rummenigge n’a aucun fondement réel. Si je comprends la volonté des dirigeants bavarois de se défendre par la communication, il ne faut pas que cela en devienne ridicule.

 

Des manières qui diffèrent…

 

Les critiques bavaroises se focalisent sur la politique de transfert du PSG, qui achète à coup de millions d’euros les meilleurs joueurs. Il faut savoir que grimper sur le trône n’est pas une chose aisée. Mais y rester pendant des années l’est encore moins. Chaque club a sa stratégie pour se maintenir à son meilleur niveau. Pour Paris, c’est donc l’achat de stars, peu importe le coût et la manière. Depuis l’arrivée de QSI, le titre n’a échappé que 2 fois au PSG : en 2012 et en 2017. Il est intéressant de noter que ces 2 saisons correspondent à celles où le PSG n’a pas recruté de stars (en 2012, Pastore était un pari dont le prix a été artificiellement gonflé). Si la Ligue des Champions reste un point noir dans le bilan parisien, ce dernier est tout de même largement positif.

 

Intéressons-nous maintenant au cas du Bayern Munich. Il est vrai que les grands clubs comme le Real Madrid, la Juventus ou le Bayern Munich dégagent une certaine noblesse. Ces clubs sont historiques, ont des manières et un prestige énorme. Si certains clubs comme le Real Madrid ont une politique proche de celle du PSG, le Bayern s’est toujours refusé à employer cette stratégie. Alors comment fait le Bayern pour dominer le football allemand ? Tout simplement en récupérant les meilleurs joueurs de ses concurrents. Cet été, outre Corentin Tolisso et James Rodriguez, Niklas Süle, Sebastian Rudy et Serge Gnabry ont rejoint le vainqueur de la Bundesliga. Les deux premiers arrivent en provenance d’Hoffenheim, qui avait fini à une très belle 4ème place. Sebastian Rudy est même arrivé gratuitement (fin de contrat). Combien vont s’imposer dans l’équipe ? Bonne question ! Serge Gnabry vient d’être prêté à Hoffenheim (la boucle est bouclée ?). Comme chaque année, le Bayern a récupéré plusieurs talents de Bundesliga. Si parfois, le club bavarois paie le prix (Mario Götze par exemple), il arrive souvent qu’il récupère les joueurs gratuitement (fin de contrat). Qui se souvient des performances sous le maillot du Bayern de Nils Petersen, Sinan Kurt, Jan Kirchkoff ou encore Sebastian Rode. Ils avaient une belle réputation avant de signer au Bayern, ont été prêtés puis revendus. La Juventus fait la même chose en Italie en récupérant quasi-systématiquement tous les joueurs italiens à fort potentiel pour ensuite les prêter. Les dirigeants du Bayern regrettent peut-être les manières de voyous du PSG, qui paient allègrement les clauses libératoires des joueurs. Mais, au fond, leurs manières sont aussi des manières de voyous, qui ne servent qu’à préserver leur domination.

 

L’institution

 

Il est étonnant que les personnes, qui critiquent la façon de faire du PSG, ne s’insurgent pas de ce que font le Bayern Munich ou la Juventus. Il est vrai que les signatures de Sebastian Rudy ou de Riccardo Orsolini sont invisibles par rapport à celle de Neymar. Uli Hoeness a déclaré que l’achat de Neymar était un « signe de faiblesse » de la part du PSG. Je suis d’accord avec lui mais pas pour les mêmes raisons. Paris a toujours eu besoin d’un visage pour incarner son projet : Zlatan, Beckham et maintenant Neymar. Les deux premières arrivées étaient nécessaires pour donner un sens concret au « Rêvons plus grand » parisien. Celle de Neymar est plus étrange. Bien entendu, on comprend facilement la logique sportive (objectif Ligue des Champions) et politique (le PSG et le Qatar ont montré leur force de frappe) de ce transfert.

 

Mais, le perdant dans cette histoire est le PSG en tant qu’institution. Il fallait incarner le rêve parisien avec des visages connus. Mais, avec le temps, Paris devrait exister en tant qu’institution, comme le Bayern ou le Real Madrid, au-delà des joueurs qui portent ses couleurs. L’exemple madrilène est intéressant : certes, Cristiano Ronaldo porte le projet mais le Real Madrid est plus fort car c’est une institution. Aujourd’hui, Neymar est plus fort que le PSG. Vendredi dernier, 70% du public du Parc n’était pas venu voir le PSG mais bien la star brésilienne. Le joueur vient juste d’arriver et suscite un engouement compréhensible. Mais aucun joueur ne doit être plus fort que son club. Il est vrai que même des clubs comme Barcelone ou le Real ont parfois dû mal à canaliser leurs joueurs. Mais, aujourd’hui, hormis la Ligue des Champions, le grand défi du PSG est de ne pas être seulement un club mais d’exister en tant qu’une institution.

 

Habituellement, traitant plutôt de sujets économiques pour CYI, j’ai l’habitude d’entendre que les allemands demandent aux français de « balayer devant leur porte » avant d’aborder certaines réformes. Pour une fois, c’est l‘inverse : il est temps pour Messieurs Hoeness et Rummenigge (pour ne citer qu’eux) de s’occuper de leurs affaires. Paris a sa façon de faire, le Bayern la sienne. Les deux ont leur côté sombre. Arrêtons avec le vertueux Bayern et le méchant PSG. Il est temps de se reconcentrer sur ce qui se passe sur le terrain, car c’est tout de même le plus intéressant. Aussi, vivement la double confrontation entre le PSG et le Bayern, non pas pour voir le choc de 2 philosophies mais pour assister à 2 matchs exceptionnels !

 

Photo : Christophe Pelletier – Flickr (licence)

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A propos Adrien Dorel

Fondateur de Claim Your Ideas - Etudiant à l'EDHEC

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