Oui, Froome est un beau vainqueur !

Le Tour est fini. Après une ultime étape hier, qui comme chaque année ressemble plus à une parade qu’à une étape, cette édition 2017 s’est achevée sur le 4ème sacre de Christopher Froome. La dernière semaine de ce Tour devait nous offrir une lutte acharnée pour la victoire. Finalement, il n’en a rien été malgré une arrivée en haut de l’Izoard et un top 6 qui se tenait en 1’30’’, propices au suspens. Pour beaucoup, ce Tour a été décevant, couronnant un coureur qui n’a remporté aucune étape. Mais, est-ce vraiment le cas ?

 

La maîtrise de la Sky

 

Lors de chacune de ses interviews prévues par le protocole après la remise du maillot jaune, Christopher Froome a pris le temps de remercier ses coéquipiers pour le travail effectué tout au long de l’étape. Si vous avez un peu suivi le Tour, vous savez pourquoi. Chaque jour, l’équipe Sky a contrôlé la course pour mettre son leader dans les meilleures dispositions. Que dire, par exemple, du travail herculéen abattu par Michał Kwiatkowski, le rouleur polonais ? Il a roulé jusqu’à l’épuisement. Ce quatrième succès de Christopher Froome s’est véritablement construit en équipe. « Comme les précédents » rétorqueront certains. C’est vrai mais c’était encore plus visible lors de ce Tour. Cette dimension collective dans la victoire de Froome a peut-être rendu ce Tour moins passionnant mais a l’avantage de montrer une autre facette du cyclisme. C’est un sport collectif. Or, nous l’oublions trop souvent devant les exploits des leaders. La Team Sky nous l’a rappelé avec brio.

 

Certains seront tentés de dire que c’est plus facile de gagner quand on a une équipe comme celle de la Sky. Je ne cherche pas à nier cette évidence mais construire une équipe comme celle de Dave Brailsford est un travail colossal. Il n’est pas simple de gérer les ambitions et de faire en sorte que chacun se mette au service du leader. La victoire dans le classement par équipe est une belle récompense pour la formation britannique. Sur ce Tour, leur démonstration a été éclatante. S’il faut trouver une petite critique, Henao et Nieve ont semblé un peu moins bons au sein de l’équipe.

 

Froome, un peu plus dans la légende

 

Si toute l’équipe a parfaitement joué son rôle, Christopher Froome a lui aussi rempli sa mission. Certes, il n’a pas été impérial comme lors de ses autres victoires. Mais il a su gérer ses 3 semaines de course, sûr de son plan et de la force de son équipe. Et puis, rendez-vous compte : plus qu’une victoire et il rejoindra les légendes que sont Merckx, Hinault, Anquetil et Indurain. Cette seule phrase suffit à mettre en relief l’exploit du Kenyan Blanc.

 

Le public français et les observateurs ont été particulièrement durs avec lui. On lui reprochait de trop dominer le Tour. Cette année, on lui reproche quasiment l’inverse. Il ne faut pas oublier que plus il gagne, plus il devient l’homme à battre. Cette situation n’est pas facile à gérer, ses adversaires ne lui laissant aucune latitude. Ce qui explique certainement qu’il ne soit pas focalisé sur la victoire d’une étape. Peut-être moins fort que les années précédentes, il a su gagner grâce à sa régularité.

 

Arrêtons avec la « françaismania » …

 

Ceux qui suivent le Tour en ont l’habitude : dès qu’un coureur français gagne, il est automatiquement surmédiatisé et paré de toutes les qualités. Cette édition n’y a pas échappé d’autant que les français y ont particulièrement brillé. Mais je ne compte plus le nombre d’articles avec pour titre « Démare en vert à Paris ? » ou « Bardet vainqueur ? ». Je comprends aisément l’engouement que peut susciter une victoire française sur les routes du Tour. Mais, il faut cesser d’être dans l’excès. Tout d’abord, ce n’est pas bon pour les coureurs eux-mêmes, qui suscitent dès alors des attentes qui vont bien au-delà du raisonnable. Et puis, cette attitude empêche de faire un bilan honnête et sincère.

 

Par ailleurs, si certains commentaires de journalistes frôlent le ridicule (Thierry Adam qui explique que le vent vient de se lever lors du contre-la-montre de Romain Bardet), d’autres commentaires sont à la limite du mépris (Nicolas Geay qui demande à Rigoberto Uran s’il compte gagner le prochain Tour en attaquant). Souvent, on arrive à des non-sens : les journalistes reprochent à Froome de s’appuyer sur son équipe mais pas à Romain Bardet. Le pire a été sans aucun doute atteint avec Rigoberto Uran. Les critiques envers le coureur de la Cannondale sont les plus injustes. Le colombien s’est débrouillé quasiment seul pendant 3 semaines et a remporté une étape, ce qui est une très belle performance. Il est nécessaire reconnaître à leur juste valeur les exploits de chacun, peu importe leur nationalité.

 

La Team Sunweb et Marcel Kittel, les autres vainqueurs

 

L’équipe Sunweb aura fait une très forte impression sur ce Tour. Non seulement, elle repart avec 4 victoires d’étapes mais aussi 2 maillots distinctifs. Warren Barguil a remporté haut la main le classement du meilleur grimpeur. Le français a été à l’attaque durant tout le Tour. Sa stratégie a payé avec deux belles victoires d’étapes (à Foix et en haut de l’Izoard). Maintenant, la question que tout le monde se pose : peut-il gagner le Tour un jour ? Ses performances et son jeune âge poussent à le croire. Il devra toutefois être plus performant en contre-la-montre. Par ailleurs, l’analyse de Laurent Jalabert est assez intéressante. Il expliquait, hier, que Barguil avait pu autant se porter à l’attaque car il avait perdu beaucoup de temps lors de la première semaine. Il est, en effet, peu probable que la Sky l’aurait laissé partir s’il avait été une menace au général. Jouer le général est très différent d’essayer de gagner des étapes. La partie sera donc complètement différente pour Warren Barguil s’il jouait le général à l’avenir.

 

La Team Sunweb a également remporté le maillot vert grâce à Michael Matthews. Le Tour de l’australien a rappelé ceux de Peter Sagan. Comme le slovaque, Matthews a chassé tous les points possibles. Cette stratégie, payante, s’est accompagnée de deux victoires d’étapes. Il a aussi été un peu aidé par l’abandon de Marcel Kittel. Le sprinteur a marqué le Tour de son empreinte avec cinq succès avant de devoir le quitter suite à une chute. Même si la concurrence était un peu moins forte que prévue (Cavendish, Sagan et Démare étant rapidement hors-jeu), le sprinteur de la QuickStep a été impressionnant.

 

Et maintenant, quelle stratégie pour AG2R, Trek, Movistar et Astana ?

 

Ces 4 équipes ont un point commun : elles visaient toutes la victoire finale. Pour des raisons différentes, elles n’y sont pas parvenues. Commençons par les deux cas les plus simples : ceux de la Movistar et d’Astana. Les deux formations ont été victimes de chutes et de la méforme de leur leader. J’évoquais déjà le cas de la Movistar la semaine dernière : Nairo Quintana n’a pas assez récupéré depuis le Giro et Valverde a abandonné (après quelques minutes de course seulement). On peut dire quasiment la même chose pour la formation kazakhe. Il suffit juste de remplacer les noms par ceux d’Aru et de Fuglsang. La seule différence est que la méforme d’Aru ne peut s’expliquer par le Giro car il n’y a pas pris part à cause d’une blessure. Si ce Tour 2017 est un échec pour ces deux formations, elles peuvent légitiment revenir l’an prochain avec les mêmes coureurs et les mêmes ambitions.

 

L’équation est différente pour AG2R et la Trek-Segafredo. Les deux équipes ont été relativement épargnées pendant le Tour. L’échec (très très relatif pour AG2R) ne peut donc être imputé à des blessures ou des méformes. Romain Bardet a quasiment fait jeu égal avec Christopher Froome. Seul le contre-la-montre final de Marseille a permis au britannique de creuser un écart important. Il faudra donc que le coureur français continue de progresser dans son domaine. Mais, ce qui est inquiétant, c’est qu’AG2R ne semble pas être armé pour concurrencer la Sky. Quand les AG2R ont pris le rythme à leur compte dans certaines étapes, ils n’ont pas été en mesure de mettre en difficultés l’équipe britannique. Christopher Froome pouvait toujours compter sur l’aide d’un ou deux équipiers. Vincent Lavenu devra donc trouver une solution s’il fait du Tour un objectif l’an prochain.

La donne est un peu différente à la Trek-Segafredo : l’équipe américaine avait recruté Alberto Contador pour gagner le Tour. Si ses (nombreuses) chutes n’ont pas aidé le Pistolero, il n’a jamais vraiment semblé être en mesure de gagner le Tour. La formation a réussi à sauver la face grâce à la victoire d’étape de Bauke Mollema et au panache du coureur espagnol. Mais le bilan demeure maigre. La solution la plus évidente est certainement de faire comme la Movistar : avoir un leader (Quintana) et un coleader (Valverde). Valverde est au service de Quintana, tout en ayant une grande liberté d’action. Cette solution semble parfaite pour Contador, qui est toujours capable de coups. Qui pourrait être ce leader ? On me souffle qu’un certain Mikel Landa cherche à pouvoir jouer sa carte…

 

Photo : filip bossuyt – Flickr (licence)

Partager cet article

A propos Adrien Dorel

Fondateur de Claim Your Ideas - Etudiant à l'EDHEC

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *