On a touché le fond

On marche sur la tête ! Ou plutôt on nage à l’envers, pour tenter d’adapter l’expression au contexte. Cette semaine ont lieu à Montpellier dans la superbe piscine Antigone les championnats de France 2016 de Natation. Championnats qui sont investis d’un enjeu tout particulier puisqu’ils font office de sélection olympique pour l’équipe de France de Natation. Tous les meilleurs nageurs français ont fait le déplacement, et le public montpelliérain s’attend à vivre des duels homériques. Voilà, ça c’est le pitch d’un point de vue marketing.

 

Quand la fédération plombe ses athlètes

 

 

La Fédération Française de Natation a une chance incroyable. Elle possède quelques pépites de la natation mondiale : Jérémy Stravius, Florent Manaudou, Camille Lacourt ou encore Yannick Agnel. Pourtant, elle a décidé, allez savoir pourquoi, de flinguer tout le monde en imposant des minimas pour Rio ridiculement exigeants. Prenons l’exemple du 200 mètres nage libre masculin, qui opposait deux des meilleurs français de cette décennie : Yannick Agnel, le champion olympique en titre, et Jérémy Stravius, quadruple champion du monde. Le duel attendu a bien eu lieu, avec un podium de rêve puisque les 3 médaillés signent respectivement les 3ème, 6ème et 7ème performances mondiales de l’année. Pour résumer, mathématiquement parlant, les 3 auraient le niveau pour entrer en finale aux Jeux. Mais notre chère fédération a décidé que non, mettre quasiment une seconde à la meilleure performance de l’année du champion du monde en titre anglais James Guy, bah ce n’était pas encore suffisant. Désolé Jérémy Stravius, ton temps te place à la troisième place des bilans mondiaux, mais pour aller aux jeux, il faut battre la meilleure perf mondiale de l’année, puisque notre chère fédé demande un temps de 1’46’’06 et que la meilleure performance mondiale de l’année est propriété du serbe Stjepanovic en 1’46’’10.

 

Sérieusement, qu’est-ce que les pontes de la natation française ne comprennent pas dans la notion de « minima » ? C’est quoi le projet ? Démoraliser les athlètes avant les jeux ? Rien d’étonnant à ce que Stravius n’arrive pas à se satisfaire totalement de son titre puisqu’on lui impose des minimas aussi stupides et que pour l’instant il n’est pas officiellement qualifié pour Rio. Alors certes, je ne prétends pas être un expert dans le domaine, mais il me semble que démoraliser ses athlètes, avant de les envoyer concourir face aux meilleurs du monde, ce n’est pas la meilleure des stratégies… Dans ces conditions, on se doit d’ailleurs de tirer notre chapeau à Coralie Balmy, pour l’instant la seule à avoir décroché les minima, sur 400 mètres nage libre.

 

En dépit de tout bon sens

 

 

Attendez attendez ! Ce n’est pas fini ! Heureusement que le ridicule ne tue pas parce que sinon, il y aurait eu un sacré carnage du côté des officiels ! Non contente d’imposer des minimas délirants aux athlètes pour ces championnats, la fédération a trouvé le moyen de se rendre ridicule aux yeux de tous ceux qui suivent la natation ! Et ce tour de force, elle l’a réussi lors de la finale du 200 mètres nage libre masculin. La polémique est assez simple à présenter: toutes les personnes pourvues d’yeux fonctionnels ont constaté la même chose à l’arrivée à savoir une victoire de Stravius devant Yannick Agnel, et Jordan Pothain, très bon troisième mais suffisamment loin d’Agnel pour qu’on le voie à l’œil nu.

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(Yannick Agnel, ligne d’eau inférieure touche clairement avant Pothain, ligne supérieure) Photo : Twitter Yannick Agnel

 

Néanmoins, la sacrosainte technologie de chronométrage a affiché Agnel troisième, un dixième derrière Pothain. Incompréhension générale, l’entourage d’Agnel s’empresse donc de suivre la procédure logique : déposer un recours officiel pour que cette erreur soit corrigée. Mais deux heures plus tard, le jury des commissaires décide de s’enfoncer un peu plus en rejetant ce recours, arguant du fait que les différences chronométriques observées entre la planche d’arrivée (supposément la technologie la plus fiable), le chrono semi-manuel et le chrono manuel étaient trop faibles. Résultat des courses : Agnel est troisième et ne pourra pas défendre son titre à Rio, les quotas olympiques limitant le nombre d’athlètes de la même nation à 2 par course. Refusant d’admettre l’erreur technologique et la défaillance du système de chronométrage ( qui pourtant avait déjà fait des siennes le matin même lors des séries), la fédération et le jury des commissaires ont donc décidé d’aller à l’encontre du bon sens et ferment les yeux devant l’évidence. Espérons que le temps fasse son effet et que, quand ils reverront la vidéo, les juges décideront de faire usage de leur cerveau pour se rendre à l’évidence.

 

Résumons. Entre des pontes fédéraux qui n’ont plus mis les pieds dans un bassin depuis 15 ans et qui imposent des minimas monstrueux aux athlètes, et un jury des commissaires qui fait preuve d’une telle bêtise, voilà comment la fédération française de natation est en train de passer pour le peintre de la natation mondiale. A ce niveau d’incompétence, ça en devient de l’art et on a presque l’impression que la fédé le fait exprès. Comme le dit très bien Jérémy Stravius, « au bout de deux jours [de compétition] qu’il y ait toujours pas un nageur de qualifié pour les jeux ça fait réfléchir. » Espérons que ça fera réfléchir les bonnes personnes…

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A propos Clément Duriez

Etudiant à Audencia en Management des Organisations du Sport

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