J’aime la Galette…

Le 5 mai dernier ne fut pas une bonne soirée pour les supporters des Verts. Elle a mis fin à nos derniers espoirs de disputer l’Europe l’année prochaine malgré un bon match face aux Girondins de Bordeaux. Il faut dire que les Verts n’ont pas aidé par l’arbitrage et par l’absence d’ambiance (en mémoire de la tragédie de Furiani). Une déclaration de Christophe Galtier a définitivement fait de ce 5 mai une soirée à oublier. Questionné sur le nombre sur le nombre de matchs qu’il lui restait à diriger à Geoffroy Guichard, il a répondu sèchement « je ne sais pas mais je pense qu’il ne va pas en rester beaucoup ». Simple, clair, net et précis. Son départ a été confirmé mardi par un communiqué du club.

Ainsi, l’ère Galtier va prendre fin dans 3 matchs. Il aura dirigé les Verts pendant 362 rencontres, les emmenant des portes de la relégation à l’Europa League. Retour sur ces 9 dernières années…

 

L’homme qui a offert la stabilité à tout un club

 

Revenons justement à la situation du club, il y a 9 ans, lorsque Christophe Galtier l’a pris en main. Après un exercice 2008/2009 catastrophique où les Verts terminent 17ème, se sauvant à lors de la dernière journée, l’ASSE veut repartir sur de bonnes bases. Pourtant, les 3 premiers matchs se soldent par des défaites. 200 personnes entrent même sur la pelouse après la défaite contre Boulogne criant « Direction démission ». Le club est au bord de l’implosion : perte du sponsor maillot à l’intersaison, guerre entre les deux présidents, supporters en colère, …

 

Pourquoi ce rappel ? Parce que même si le club ne jouera pas l’Europe l’an prochain, il n’a plus rien à avoir avec ce qu’il était. Finies les dérives. La gestion est désormais rigoureuse même si elle n’est pas parfaite. Le club investit dans l’avenir avec l’achat et la rénovation du centre de formation à L’Etrat. Par ailleurs, l’ASSE a désormais un équipementier qui met pleinement en valeur le club. Saint-Etienne est redevenu un club sain. Nous le devons en grande partie à un homme : Christophe Galtier. Il a été le garant d’une certaine stabilité sportive. Il a progressivement ramené le club au niveau duquel il n’aura dû cesser d’évoluer.

 

Merci pour tous ces moments

 

Il suffit de regarder le classement des Verts sur les 10 dernières saisons pour voir le chemin parcouru. Certes, si on se focalise sur les dernières saisons, Saint-Etienne semble être sur une pente descendante. Beaucoup critique le jeu des Verts, souvent d’une pauvreté offensive extrême. Les chiffres sont d’ailleurs assez éloquents.

 

2012/2013

2013/2014

2014/2015

2015/2016
Meilleure défense

2ème

4ème 2ème

3ème

Meilleure attaque

3ème

3ème 5ème

13ème

Nombre de buts 60 56 51

42

 

Si Saint-Etienne s’appuie toujours sur une défense imperméable, son attaque est de moins en moins décisive au fil des saisons. La fatigue provoquée par l’accumulation de matchs et les blessures expliquent en partie cette baisse de rythme. Toutefois, ce ne sont pas des explications suffisantes.

 

Mais, à l’heure de se pencher sur le bilan de ces 9 dernières années, il serait injuste de ne s’intéresser qu’aux deux dernières saisons. Christophe Galtier est souvent présenté comme un coach frileux. Cette impression est souvent renforcée par la bonne défense des Verts. Mais il ne s’agit bien que d’une impression. Sous son mandat, le club a pratiqué un jeu offensif rarement vu les saisons précédentes.

 

Par ailleurs, si le jeu proposé ces derniers temps n’est clairement pas attrayant, il ne faut pas oublier tous les moments d’émotion que nous avons pu vivre grâce à Christophe Galtier. Le premier comme il l’a souligné a été le maintien acquis grâce à un but en fin de match d’Emmanuel Rivière lors de la saison 2009/2010. Chaque année a réservé son lot d’émotion : la victoire à Gerland pour le 100ème derby, la victoire en Coupe de la Ligue et la victoire face au PSG au Parc, l’Europe, …

 

Des idées erronées…

 

Je ne veux pas minimiser les problèmes que rencontre l’équipe depuis plusieurs mois maintenant. Mais Christophe Galtier restera notamment pour la génération de supporters qui n’a jamais connu le grand Saint-Etienne un entraineur à part. Toute proportion gardée, je n’ai pas connu le costume de Roger Rocher lors des soirées européennes mais j’ai connu la doudoune de Christophe Galtier en Coupe de la Ligue. Je n’ai jamais connu le Sainté champion de France mais j’ai vibré lors de la victoire en Coupe.

 

Au-delà de ces considérations qui relèvent non pas de l’observateur objectif mais du supporter, certains reproches faits à Christophe Galtier ne sont pas mérités. Le premier est certainement qu’il ne donne pas sa chance aux jeunes. Je suis certain que les Ghoulam, Zouma, Guilavogui, Diomandé et dans une moindre mesure Aubameyang, Rivière et Néry ne sont pas de cet avis. Ces joueurs ont tous été lancés par Christophe Galtier. Certes, ces dernières saisons, aucun jeune n’a réellement percé. Mais, il ne faut pas oublier que le club a changé de stature et que nous, les supporters, n’avons plus la même patience qu’avant. Souvenez-vous des débuts de Guilavogui, de sa maladresse. Progressivement, il est devenu le milieu qui illuminait le jeu des Verts. Il a fallu du temps pour cela. Or ce temps, Christophe Galtier ne l’a plus ou du moins, nous ne lui donnons plus. Avec les bons résultats, nos exigences ont augmenté. Il est de moins en moins facile de titulariser des jeunes et de maintenir le rythme. Attention, ce n’est pas impossible mais c’est être honnête que de reconnaître la difficulté à lancer des jeunes maintenant. Le cas Diomandé est un bon exemple, nous n’avons pas eu la même patience qu’avec Jo Guilavogui.

 

Certains reprochent également à Christophe Galtier sa gestion de l’effectif (avec le fameux « loft ») et son inflexibilité. Lorsqu’il n’aime pas un joueur, il n’hésiterait pas à l’envoyer en réserve. Les cas les plus récents sont ceux de Roux, Tanane et Dabo. « Quelle idiotie de se priver de ces trois joueurs alors que le club luttait pour être européen » pensent de nombreuses personnes.

Christophe Galtier, malgré ce qui peut être dit, sait faire la part des choses. Il est plusieurs fois revenu sur son jugement, les exemples se nomment Moustapha Bayal Sall, Max-Alain Gradel ou encore Benjamin Corgnet. Ces trois joueurs se sont entrainés avec la réserve avant de revenir dans le groupe et de s’y imposer (il est vrai que Corgnet bénéficie de la méforme de ses concurrents). Il est faux de dire que le coach a ses têtes de turc. Il évalue simplement les performances et l’implication de chacun et envoie en réserve ce qui ne méritent pas d’être dans l’équipe première. Que le « loft » ne soit pas la meilleure technique pour remobiliser les joueurs est en revanche un débat plus pertinent.

 

Une séparation logique

 

Encore une fois, dresser un bilan élogieux du travail de Christophe Galtier ne signifie pas pour autant n’avoir aucun recul. S’il a réalisé incontestablement de grandes choses, force est de constater que sa méthode semble s’essouffler. Les derniers mois donnent l’impression que son message ne passe plus ou alors seulement par intermittence. Capables de grandes performances comme lors du derby retour ou de la seconde mi-temps face à Anderlecht, les Verts sont le plus souvent inoffensifs et sans inspiration.

 

La première explication à cela est sans conteste la fin de cycle d’un groupe. Christophe Galtier a vraiment façonné l’équipe lors de la saison 2011/2012 lorsque 11 joueurs sont venus renforcer l’équipe alors que le trio Payet – Matuidi – Rivière quittait le club. C’est lors de cette saison que s’est formé le cœur du groupe stéphanois, celui qui remportera la Coupe de la Ligue et qui jouera l’Europa. Fort de cette colonne vertébrale, les mercatos stéphanois, qui ont suivi, ont consisté à peaufiner l’équipe. Si cette technique fonctionne un temps, il vient un moment où le noyau se désagrège avec les départs successifs. C’est ce à quoi nous assistons cette année. Il n’y a plus un groupe mais des joueurs qui se côtoient et qui forment des petits groupes entre eux. Fabien Lemoine, en janvier dernier, déclarait qu’il y avait « moins d’affinités » entre les joueurs. La fin d’un cycle n’est pas une fatalité, c’est la suite logique à une période faste. Il est logique que Christophe Galtier parte dans ces conditions. S’il était resté, il aurait fallu qu’il reste 4 à 5 ans le temps de réaliser un nouveau cycle.

 

Pour relancer la machine, l’été dernier, le club avait fait le choix de modifier la composition de son staff technique. René Lobello est devenu entraineur adjoint et Eric Blondel team manager. Ces changements devaient avoir un impact positif mais force est de constater qu’ils n’ont produit strictement aucun effet. Il s’agit d’un des échecs de Christophe Galtier, qui n’a pas réussi à construire un staff solide depuis le départ de Romain Revelli de son poste d’entraineur adjoint. Plusieurs tests ont été effectués mais aucun n’a convaincu. Or tout le monde sait à quel point le poste d’entraineur adjoint est important. On reproche régulièrement à Arsène Wenger de n’avoir jamais réellement su remplacer Pat Rice.

Un autre point étrange est la mise en place d’une véritable cellule de recrutement. Si on peut se féliciter de sa mise en place, on peut également se demander pourquoi seulement aujourd’hui. Il est d’ailleurs très dur d’essayer de lire la stratégie des Verts en termes de mercato. Essayer de réaliser des « coups » avec des joueurs libres ou des joueurs de championnats moins exposés semble être le maitre mot. Pour le moment, cette stratégie est un échec, on assiste plus à un empilement de joueurs. Un nouvel entraineur apportera certainement une cohérence au mercato des Verts.

 

Et maintenant ?

 

Pendant neuf ans, nous ne nous sommes quasiment pas posés cette question : qui pour remplacer Christophe Galtier ? Aujourd’hui, nous y sommes bien obligés. Écartons tout d’abord la piste interne, qui n’est pas recommandée comme on souhaite démarrer un nouveau cycle. Il semble que deux visions s’affrontent : celle de Bernard Caïazzo qui souhaiterait céder à la nouvelle mode de l’entraineur étranger et celle de Roland Romeyer qui préférerait un entraineur connaissant bien la Ligue 1.

 

La piste de l’entraineur connaissant bien la Ligue 1 a l’avantage d’être la plus plausible. Cependant, aucun entraineur ne semble se détacher. Hervé Renard et Willy Sagnol, qui avaient fait part de leur envie d’entraine l’ASSE, semblent hors course. Le premier est avant tout un motivateur, capable de coups. Le second a vu sa côte baisser lors de son passage à Bordeaux. On observe la limite des coachs « vocaux » comme Pascal Dupraz, qui a dû mal à faire décoler le Téfécé. Antoine Kombouaré et Claude Puel, qui ont tout pour séduire, ne sont malheureusement pas libres (on suivra quand même attentivement la situation de C. Puel).

La piste d’un coach étranger est attirante, surtout avec les belles performances de Jardim à Monaco, Favre à Nice et Conceição à Nantes. Cependant, toutes les pistes évoquées semblent inaccessibles, notamment financièrement : Pioli, Roger Schmidt, Berrizo, …

Plus récemment, la piste d’un champion du monde 98 a été évoquée pour succéder à Christophe Galtier. Je dois avouer que cette idée me plait énormément, notamment quand il est question de Thierry Henry ou Patrick Viera. Ces deux pistes ne me semblent pas irréalistes au sens où Saint-Etienne sera une belle expérience pour eux. Depuis la fin de leur carrière respective, ils ont chacun fait leur gamme. L’association est pertinente : Saint-Etienne cherche une figure pour remplacer Galtier alors que Viera et Henry cherchent un banc pour se montrer.

 

Ceci dit, l’arrivée d’un nouveau coach ne réglera pas tous les problèmes. J’évoquais plus haut l’échec du mercato stéphanois. Une des causes de cet échec est sans conteste le salary cap, qui limite les choix. Du fait de l’évolution du club, il est nécessaire de revoir, d’aménager le salary cap, ce qui devrait être fait dans les prochaines semaines. Un autre chantier est celui d’ouvrir le capital afin de briser le plafond de verre auquel semble être confronté le club depuis quelques saisons.

 

Fousseni Diawara déclarait à propos du départ de Christophe Galtier : « On sait ce qu’on perd et pas ce qu’on gagne ». Il est certain qu’une page se tourne. Je pense d’ailleurs que nous ne mesurons pas complètement à quel point Christophe Galtier a marqué Saint-Etienne. Troisième entraineur ayant dirigé le plus de matchs, il aura apporté tout ce dont nous rêvions : un trophée, l’Europe et de la stabilité. Son départ est tout de même logique entre la fatigue, la fin de cycle et l’inefficacité du staff. Saint-Etienne aura vécu d’incroyables moments avec Christophe Galtier. Un petit sentiment de frustration point car quasiment chaque année, nous aurions pu faire mieux sans le « trou » de résultats auquel les Verts nous ont habitué.

Si l’heure est au changement et aux défis, profitons pendant encore 3 matchs de Christophe Galtier et surtout profitons-en pour lui rendre l’hommage qu’il mérite !

 

#MerciCoachGaltier

 

Photo : Football.ua – Wikimedia Commons (licence)

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A propos Adrien Dorel

Fondateur de Claim Your Ideas - Etudiant à l'EDHEC

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