Interview #1 Richard Guélin

A CYI-Sport, nous vous rapportons les exploits des sportifs les plus doués et chevronnés de notre génération. Mais il ne faut pas oublier que, dans notre entourage, nous avons tous des sportifs. Certes, ce ne sont pas des professionnels mais des sportifs tout de même, dont les performances sont toutes aussi louables et qui nous inspirent le respect au quotidien. Pour cette toute première interview, nous avons décidé de mettre en lumière le père d’une de nos contributrices : Richard Guélin. Un père comme les autres, à un détail près : c’est un accroc de la course à pied qui s’amuse plus ou moins régulièrement à courir des 100km. Nous avons essayé de comprendre comment un coureur du dimanche est devenu un grand sportif, quels sont ses moteurs, ses routines et ses plus beaux souvenirs sportifs.

 

Comment as-tu commencé à courir ?

Au début c’était un challenge entre amis sur le Semi-marathon de Perpignan que nous courions chaque année. C’était l’occasion de se retrouver et de se tirer la bourre, puis de faire la fête sous le soleil du mois de Juillet. Puis avec le temps, après quelques années, le moteur c’est devenu l’envie de se dépasser constamment, histoire de faire son 1er ou son meilleur temps aussi bien sur 10km que sur 100km.

 

Quelles courses as-tu faites ? Quelles ont été les plus marquantes ?

Sur la route j’ai fait les 100km de Milllau ainsi qu’une vingtaine de marathons dont:  New York, le Médoc, Paris, Barcelone, et une participation au championnat de France de marathon en 2009 … Puis ma pratique s’est progressivement orientée vers les sentiers et je me suis tourné vers le trail.

Depuis 2010 j’ai pris le départ de nombreuses courses nature telles que le marathon de Mont Blanc, l’Ecotrail 50km, la Saintélyon, avant d’aborder des formats plus longs type 50 miles avec La traversée de la Vanoise, le 80km du Mont Blanc, L’Infernal Trail 72 des Vosges, le Trail des Allobroges, les Templiers, un 151km en 3 étapes en 2014 avec le Grand Trail Stevenson. Mais le point d’orgue de tout ça, ça a été ma participation à l’UTMB 2014.

Côté course, les moments forts sont souvent les premières fois : mon 1er marathon de New York en 2006 en famille et entre amis, mon 1er marathon (le Médoc), mon 1er 100km (Millau) et le 1er marathon sous 3 heures. Ce qui rend ces moments uniques, c’est l’émotion ressentie sur les derniers km quand on se dit « je vais le faire c’est sûr » puis quand l’on franchit la ligne et qu’on peut exulter. La Saintélyon 2010 de nuit sur la neige et la glace, sans interruption sur 68km m’a aussi marquée : la beauté du col des Paussettes couvert de fleurs sous le Mont Blanc. Enfin, l’arrivée dans un état d’euphorie dans Chamonix après 17h d’effort à 15km/h. Dans les rues, on me criait : « va moins vite profite ! » C’est vraiment un super souvenir !

Mais, finalement, mes plus beaux souvenirs ne sont pas forcément les courses en elles-mêmes, mais surtout tout ce qui les précède. Ce sont tous ces moments d’entrainement partagés entre amis (no pain … no gain), en particulier en pleine nature.

 

Des marathons aux 100km, il y a quand même un monde … Comment en es-tu arrivé à courir de telles distances ?

Parce que cela fait partie des mythes de la course à pied ! Millau ce n’est pas n’importe quel 100km, c’est le NYC des 100km, la référence !!

 

On s’imagine bien que courir ce type de courses nécessite un entrainement rigoureux et particulier. Comment t’es-tu préparé pour tes grosses courses (aussi bien physiquement que mentalement) ? Des conseils pour des futurs coureurs de longue distance ?

Au niveau entrainement, ce n’est pas très différent, contrairement à ce que l’on pourrait penser. Il faut « juste » augmenter le kilométrage hebdomadaire et s’habituer à l’allure que l’on va maintenir sur la course pendant 10h … Les problèmes sont plus pendant la course que pendant l’entrainement : le jour J, on ne peut pas courir 10h sans manger, il faut assimiler ce que l’on mange, rester bien hydraté, c’est le vrai enjeu physique qui occasionne la majorité des abandons sur grande distance. L’entrainement consiste à mettre le corps en situation de course (en plus court évidemment) et de l’habituer à ce qui va se passer : vitesse, alimentation, hydratation.

Psychologiquement il y a deux ennemis : la douleur et la lassitude. Ce sont nos deux compagnons tout au long de la course longue, en particulier sur route. Sur Millau, cela m’a valu deux pauses massages de 20’ pour rendre la douleur d’un nerf pressé par des muscles tétanisés supportable. Etre entouré et accompagné sur une telle course est toujours une bonne chose, ce sont mes amis Laurent et Sylvain qui étaient mes accompagnateurs en vélo qui ont su tenir la lassitude un peu à distance. Mais ce n’est malheureusement pas toujours possible d’avoir ses copains à côté tout le long de la course.

 

Et alors le Jour J, qu’est-ce qu’on ressent ?

Toujours le stress … On s’est entrainé dur pendant des semaines et là on y est. Alors on s’écoute, on s’interroge, on scrute la météo, vent, pluie, froid, chaleur … Seule la première foulée est libératoire.

 

Et une fois parti, à quoi pense-t-on quand on court pendant 10h ?

Les pensées sont très différentes en fonction de la durée (moins de 2h ou plus de 4h) et du terrain (route ou sentier). Sur route il faut penser aux détails. On devient de moins en moins « agile » mentalement avec la fatigue. Du coup, ce qui est simple au début devient souvent beaucoup plus compliqué à la fin. On calcule beaucoup : combien de temps avant le ravitaillement ? Si je continue à ce rythme, j’arriverai en quel temps ? etc … L’art est toujours de se maintenir à la limite du rouge, l’allure est une obsession, c’est le fameux « le kilo ».

Sur sentier, en course, l’économie est le maitre mot : la sécurité de la foulée est cruciale, il ne faut surtout pas tomber. On parle beaucoup plus avec les autres coureurs et on peut prendre le temps de profiter du paysage car l’esprit est plus libre et moins obsédé. L’appréhension se niche dans les conditions météo, la technicité des sentiers, et les % de pente à monter ou descendre. C’est le fameux « dev » (dénivelé) qui remplace le «kilo » de la route.

 

Et sinon, quand tu ne prépares pas de courses, quelle est ta routine « d’entretien » ?

Je fais 3-4 séances par semaine : une un peu plus longue (1h30), une d’environ 10km à allure semi-marathon, une séance de fractionné 30 -30 (30 secondes vite – 30 secondes de récupération) et puis une séance plaisir où je cours selon mon humeur !

 

Tu as couru l’UTMB sans réussir à le finir. Que s’est-il passé? As-tu des regrets vis-à-vis de cette course, un sentiment d’inachevé ?

Des regrets … pas forcément, car une course se construit, se conditionne avant le départ. On doit s’élancer avec l’intime conviction que l’on va réussir. Visualiser la victoire en amont est crucial. Et là, l’UTMB m’avait vaincu avant de partir. Je ne suis pas arrivé à mentaliser ma capacité à courir pendant 2 nuits quasiment sans sommeil. Je suis parti en espérant que mon état d’esprit change, mais les trombes d’eau des 5 premières heures n’ont rien changé. Alors, le « à quoi bon » m’a envahi et a gagné. Je me suis rendu, terrassé mentalement, alors que mes jambes étaient parfaites … Tout s’est joué dans la tête.

 

Prêt à le tenter à nouveau ?

L’UTMB lui-même, peut-être pas, mais un autre ultra type UTMB pourquoi pas (l’UT4M par exemple). Mais, cette fois-ci, il me faudra une préparation mentale parfaite, une reconnaissance du parcours préalable et beaucoup plus de km en montagne à l’entrainement. Ce n’était pas facile de préparer l’UTMB dans la forêt de Meudon !! Sinon ça me dirait bien de faire une course intermédiaire avant, type 110km à 6000/7000 de dev, donc autour de 24h de course, pour me familiariser avec ce format si particulier et prendre confiance.

 

De beaux projets donc ! Mais tu ne penses pas que ce format « extrême » est quand même un peu brutal et dangereux ? Qu’est-ce que tu penses des coureurs comme Jornet et qu’est-ce qui les fait avancer à ton avis ?

Je pense que je me mets nettement moins en danger sur ces courses qu’un sédentaire qui se lance sur un marathon mal entrainé et préparé !

Et par rapport aux gars comme Jornet, ce sont des sportifs qui ont des qualités physiques hors normes. Ils sont professionnels (au moins en nombre d’heures d’entrainement) et, du coup, ils se connaissent parfaitement, c’est ce qui fait la différence entre eux et nous !

Après, ce qui les pousse à toujours repousser les limites, je pense que c’est le même mécanisme que pour un petit amateur : trouver de la motivation dans le dépassement de soi, repousser les limites d’un souffle pour mieux se connaître, se surprendre ou se décevoir, pour mieux réessayer et y parvenir.

 

Bien dit. Bon, et pour finir, tu nous donnes un petit palmarès de tes performances ?

  • Classement ITRA actuel : 668
  • Trail Stevenson (151km, 6800m+, 2014) : 5ème scratch
  • Trail De La Vallée Du Brevon 74 (54km, 4000m+, 2013): 13ème scratch
  • Semi de Beaune (2009) : 1h24
  • Marathon Seine et Eure, Championnat de France de Marathon à Sénart en (2009) : 2h58
  • 100km de Millau en 2010
  • Participation UTMB en 2014
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A propos Fanny Guélin

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