Course d’ultra-endurance : Barjot ou Super-héros ?

De la course de masse aux défis extrêmes… « Les coureurs à pied sont nos héros d’aujourd’hui » Running Heroes

 

« Celui qui n’a pas grimpé la Grande Muraille de Chine n’est pas vraiment un homme » : c’est ce que Mao Zedong aurait déclaré il y un demi-siècle. Comment aurait-il nommé aujourd’hui, les coureurs du Marathon de la Muraille de Chine ? Les aurait-il qualifiés de surhommes ? Alors que je vais participer au Great Wall Marathon ce samedi (42,195km, 1200m de dénivelé positif, 5164 marches, 28 degrés à l’ombre) 1ère expérience sur cette distance, je me suis légitimement questionné : Es-tu complètement fou ? Mais qu’est ce que tu veux te prouver ? Ça te plait l’idée de souffrir pendant des heures ? Le jeu en vaut-t-il vraiment la chandelle ?

 

Coureur d’ultra : une simple pulsion marketing ?

Les courses d’ultra-endurance (du marathon aux ultra-trails, dans des conditions climatiques parfois extrêmes) se développent et se vendent comme des petits pains. Leur pari ? Miser sur la culture du dépassement de soi, de l’excellence, du toujours plus ; afin de permettre aux participants d’explorer leurs limites physiques et mentales. Ces organisations promettent une gloire éternelle aux personnes finissant leurs épreuves toutes plus mythiques les unes que les autres. Finir un « ultra » serait un moyen efficace d’atteindre un sentiment d’accomplissement et un niveau de reconnaissance inimaginable dans la vie de tous les jours. Les personnes s’engagent alors dans un défi qui dépasse la dimension purement sportive. Les organisations le savent et jouent ce phénomène à travers leurs slogans : du « Pushing your limits » (Adventure Marathons) au célèbre « Anything is possible » (Ironman)… Et on peut dire que ça marche ! (Ça court en réalité !)

Vidéo phare d’Ironman : Ou comment donner envie à tous les sportifs de « s’accomplir » et de réaliser qqch d’extraordinaire :

https://www.youtube.com/watch?v=qjxxYoL7nSU

 Ironman

Pourquoi devient-on ce « fou du village » ?

La course à pied et les sports d’endurance en général deviennent vite une drogue. On commence juste pour voir, parce que c’est la mode, pour se « remettre en forme » … Mais très rapidement, on en veut plus : on veut courir plus longtemps, plus vite, sur des courses toujours plus difficiles. C’est l’illustration parfaite de la devise latine des Jeux Olympiques « Altius, Citius, Fortius ». On veut sortir de sa zone de confort pour découvrir qui l’on est véritablement au fond de soi. L’ultra, c’est une culture du dépassement. C’est l’idée que c’est dans la difficulté qu’on accomplit les plus belles choses et qu’on se forge une mentalité de gagnant. Comme le résume la société Ironman, participer à une de leur course est une preuve d’excellence, de passion et d’engagement. C’est aussi un test de notre résistance physique et mentale : cela permet de mesurer notre degré de persévérance et notre capacité à endurer. Vous l’aurez compris, dans l’imaginaire de la course, être à même de finir cette épreuve c’est faire parti de quelque chose qui dépasse la simple condition d’athlète (disons même de super athlète). De par la rigueur, l’investissement et la discipline personnelle que cela implique, être considéré comme un IRONMAN (littéralement « homme de fer ») démontre de nombreuses qualités chez un individu, qualités susceptibles d’être réutilisées dans la vie de tous les jours et notamment dans la vie professionnelle (et ça, les participants y croient dur comme fer !). Enfin, enchainer ce genre d’épreuves, c’est être la recherche permanente d’une reconnaissance de ses pairs, c’est être à la quête d’un accomplissement personnel, en bref, c’est vouloir être perçu et se considérer comme un surhomme à même de triompher de toutes épreuves : le Saint Graal de l’athlète !

 

On ne nait pas champion : on le devient !

 

Est-ce accessible à tout le monde ? Pour la majorité des coureurs, courir un ultra, c’est se rapprocher d’une élite de la course à pieds et c’est avoir l’occasion de courir avec des champions qui ont démocratisé et rajeuni ce sport comme le catalan Kilian Jornet. Ce dernier pense d’ailleurs, à juste titre selon moi, que « le muscle le plus fort de notre corps est notre pensée ». Ainsi, même s’il faut certainement être un peu fou pour courir un ultra, ces courses sont ouvertes à tous les publics… à condition d’être suffisamment entrainé et préparé. Cela semble évident mais il faut se donner les moyens de réussir. No pain, no gain ! Et même si l’on s’apprête à passer une des pires journées de sa vie (ou une des meilleures, c’est selon), la satisfaction et la fierté qu’on ressent à l’arrivée fera vite oublier tous les efforts consentis.

 

Je ne pense pas être complètement fou, et encore moins un surhomme… En revanche, je mentirais en disant que je n’ai pas succombé aux messages marketing de ces courses, que je ne cherche pas moi-même à connaitre mes limites physiques et mentales et que je n’espère pas en tirer une certaine reconnaissance… Courir pour se prouver et pour prouver à ses pairs qu’on est capable d’accomplir de grandes choses en repoussant ses limites : ça résumerait d’ailleurs bien le leitmotiv du coureur ! Samedi, je me prêterai donc volontiers au jeu et partirai en me disant que si « la douleur est temporaire, l’abandon est définitif, la gloire est éternelle » (Ok, ce n’est pas de moi : Montaigne, Armstrong et des millions de sportifs ont dû le dire avant moi)… Le tout, en gardant à l’esprit que le plus important, c’est de prendre du « Plaisir ».

Et surtout, continuez à courir : c’est bon pour la santé ET pour le moral (#endorphine) !

Nicolas Vergne

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