Ça plane pour lui

A Portland, Renaud Lavillenie est venu s’offrir un nouveau titre lors des mondiaux d’athlétisme indoor. Lors d’un concours parfaitement maitrisé, Air Lavillenie a relégué tous ses adversaires loin, très loin ! Mais surtout, il a effacé pour la 19ème fois une barre au-delà de la marque symbolique des 6 mètres. Et ça, quoi qu’on en dise, c’est stratosphérique !

 

La tournée du patron

 

Renaud Lavillenie était venu dans l’Oregon avec l’étiquette d’  « immense favori invincible sur le papier à moins d’un jour sans » solidement placardée sur le dos. Pourtant, le moins que l’on puisse dire, c’est que le Français a vécu un hiver contrasté, serti de multiples petites gènes qui ont grevé sa préparation. A l’occasion du All Star Perche (qui fut une superbe compétition même si on repassera pour le nom…) dont il est à l’initiative, Renaud avait rappelé à tout le monde qui était le boss de la perche mondiale en passant déjà une barre à 6.02.  Et à Portland, il a fait honneur à ce statut, matraquant le concours en 3 sauts, pour franchir 6.02 à son premier essai et s’adjuger son deuxième titre mondial en salle. Pourquoi 6.02 spécifiquement ? Parce que Renaud est un homme qui aime les statistiques, et ce saut lui permet de battre le record des championnats du monde en salle, détenu jusque-là par l’Australien Steve Hooker. Derrière, la concurrence est loin, très loin. Sam Kendricks et Piotr Lisek complètent le podium dans cet ordre avec des perfs à 5.80 et 5.75 (soit la hauteur de l’entrée dans le concours de Renaud, juste à titre de comparaison). Avec l’absence de Raphael Holzdeppe, on voyait bien se dérouler un duel entre le Français et le Canadien Shawn Barber. Le champion du monde en plein air avait en effet réussi à effacer 6 mètres cet hiver. Mais la bataille a tourné court, Barber étant éliminé du concours au moment même où Lavillenie passait sans encombre sa première barre. Ecœurant de facilité, le Clermontois a ensuite demandé une barre à 6.17 et tenté par 3 fois de battre son record du monde, sans y parvenir. L’essentiel était ailleurs : voilà Renaud Lavillenie perché sur le toit du monde (enfin non, sous le toit puisque nous sommes en salle) pour la deuxième fois après Istanbul en 2012… De bon augure avant les Jeux de Rio cet été où il tentera de conserver le titre olympique acquis de haute lutte il y a quatre ans.

 

Lavillenie retrouve ses standards

 

Le plus impressionnant dans toute cette histoire, c’est qu’on serait presque tenté de dire que ce qu’a fait Lavillenie relève juste de la banalité, tant le Français nous a habitué à ces concours maitrisés de main de maître. Oui, c’est déjà la 19ème  fois que Renaud Lavillenie boucle un concours à plus de 6 mètres. Et c’est là que réside son génie. Cet athlète hors norme a réussi à rendre l’extraordinaire ordinaire, ni plus ni moins. Même sa réaction d’après concours a quelque chose d’hallucinant : « je n’ai jamais eu un super feeling avec le sautoir ». Donc avec un mauvais feeling, il passe 6.02 au premier essai. Normal. Enfin non, exceptionnel. Enfin on ne sait plus… A l’image du Tsar Sergeï Bubka en son temps, qui a lui sauté 45 fois à plus 6 mètres (oui oui, vous avez bien lu), il est dans une autre dimension du sport mondial et fait partie à jamais de ces athlètes d’exception que la légende retiendra, et pas pour des raisons polémiques ! L’athlétisme mondial est chanceux d’avoir encore des athlètes comme lui qui réalisent des performances magnifiques sans jeter l’opprobre sur leur sport. Parce qu’il faut être clair, qui est encore assez naïf pour s’étonner des révélations en cascade sur la Russie, où tricher semble être le sport national, sur le Kenya et l’Ethiopie où gagner est malheureusement bien souvent le seul moyen de survivre ? Dans un contexte où tout le monde se charge de descendre l’athlétisme en flèche, il est bon de rappeler l’existence de champions d’exception qui font honneur à ce sport. Renaud en est un, il l’a encore prouvé à Portland !

Photo – IAAF – Getty Images

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A propos Clément Duriez

Etudiant à Audencia en Management des Organisations du Sport

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