Agnel se lance dans l’horlogerie

Tsunami à Montpellier. En marge des championnats de France de natation, l’annonce a fait l’effet d’une bombe. Et non, pas ton vieux plongeon tout pourri qui emmerde les mamies de ta piscine municipale. Yannick Agnel prend sa retraite sportive. « L’envie n’y est plus », affirme le protégé de Lionel Horter. Mais le désormais ex-petit prince de la natation Française, l’ancien dauphin de Mulhouse, ne compte pas pour autant se perdre dans les méandres de l’oisiveté si caractéristique des sportifs en fin de carrière. Non, sa reconversion est déjà mûrement réfléchie : Yannick va entamer sous peu sa formation d’horloger.

 

Intellectuel des bassins, Yannick ne manquait jamais une occasion d’impressionner Nelson Monfort par l’étendue de sa culture. Dostoïevski, Marguerite Duras, mais surtout Baudelaire. Capable de réciter l’ensemble des Fleurs du Mal, il évoquait souvent son poème favori, « L’Horloge ». Sublimé par Léo Ferré et surtout Mylène Farmer, le chef d’œuvre baudelairien est une véritable épiphanie pour Yannick Agnel. Un signe du destin, parmi tant d’autres, qui conduit l’ancien nageur à s’orienter dans cette voie noble qu’est l’horlogerie.

Il faut dire que sans le savoir, Agnel a toujours flirté avec ce monde. Enfant déjà, il était fasciné par le mouvement des quatre aiguilles de l’horloge chronométrique de la piscine de Nice. Un mécanisme parfait, sans accroc, qui rythmait ses kilomètres passés sous l’eau, et qui venait rompre la monotonie des heures passées à enchainer les longueurs.  Plus tard, Yannick deviendra le porte-parole de la ligue des opposants aux chronomètres digitaux. Symboliquement, il s’efforcera à battre les records un par un, à faire tomber les chronos, à fracasser les marques une par une. En slip de bain. Oui, Yannick est un de ces activistes que l’on n’oubliera pas. Et pendant que ces petits copains signaient des contrats mirobolants avec les plus grands horlogers de la planète, arborant dès que l’occasion le leur permettait les montres les plus bling-bling qui soient, Yannick ne succombait pas aux sirènes de l’argent facile des multinationales qui tuent petit à petit les artisans horlogers indépendants. Au sommet de la vague, Yannick pensait déjà à ses futurs petits camarades.

 

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Une IceWatch Florent, sérieusement?  

 

Lorsqu’il était licencié à Nice, il n’hésitait pas à leur rendre visite, au Lycée des métiers d’art et de la mécanique de précision Pasteur de Nice. Fasciné, il lui arrivait d’en oublier son entrainement du jour et s’attirait les foudres de Lionel Horter. « Mais bordel Yannick, va t’acheter une Casio et nous fais pas chier ». Fatigué par ces insultes incessantes et les moqueries de ces partenaires d’entrainement, Yannick a alors fui vers les Etats-Unis, aux côtés de Bob Bowman et surtout de Michael Phelps. Désireux de parfaire sa technique de nage, mais surtout de mettre la main sur le stock d’or amassé au fil des années par le nageur le plus médaillé de l’Histoire, il reste plusieurs mois à Baltimore. Mais surpris par Phelps, alors qu’il s’apprêtait à faire fondre une de ses breloques des JO de Londres pour en faire une montre à gousset, il est chassé et revient en France à Mulhouse. Le cœur n’est plus à la nage et, de plus en plus, Yannick sèche les séances de muscu pour se rendre aux conventions de l’Association Horlogère d’Alsace.

 

Mais mercredi, un énième signe mystique vient réorienter le destin du triple médaillé olympique. Alors qu’il doit terminer au pire deuxième du 200M nage Libre pour se qualifier pour les Jeux Olympiques, le chronomètre (digital) le classe troisième. Pourtant, le visionnage des images est sans appel, Agnel touche bien la plaque en deuxième position. C’en est trop pour Yannick qui jure alors qu’il ne remettra plus les pieds dans un bassin. Désormais, il veut se concentrer sur l’art horloger, avec un but ultime : remplacer les chronos des JO par des horloges en bois.

Yannick a d’ailleurs annoncé vouloir rejoindre au plus vite l’Ecole d’Horlogerie de Besançon, pour une formation accélérée de plusieurs mois. Il a d’ores et déjà annoncé que les jeux de Rio n’étaient pas un objectif, mais qu’il serait prêt pour les Olympiades de métiers 2017, avant de présenter ses prototypes pour les Jeux de Tokyo en 2017.

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A propos Jean Delanoy

« When the seagulls follow the trawler, it is because they think sardines will be thrown into the sea. »

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